Le Loup et l’Agneau

le loup et l agneau scaled

Par Jean de la Fontaine [intro] (La raison du plus fort est toujours la meilleure) Nous l’allons montrer tout à l’heure (Un Agneau se désaltérait) Dans le courant d’une onde pure. (Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure) Et que la faim en ces lieux attirait. (Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?) Dit cet animal plein de rage : (Tu seras châtié de ta témérité) – Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté (Ne se mette pas en colère 😉 Mais plutôt qu’elle considère (Que je me vas désaltérant) Dans le courant, (Plus de vingt pas au-dessous d’Elle,) Et que par conséquent, en aucune façon, (Je ne puis troubler sa boisson) – Tu la troubles, reprit cette bête cruelle, (Et je sais que de moi tu médis l’an passé) – Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ? (Reprit l’Agneau, je tette encor ma mère) – Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. (- Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens) Car vous ne m’épargnez guère, (Vous, vos bergers, et vos chiens) On me l’a dit : il faut que je me venge. (Là-dessus, au fond des forêts) Le Loup l’emporte, et puis le mange, (Sans autre forme de procès) [End]

A propos de ce morceau

La raison du plus fort

Il y a des textes qui traversent les siècles sans prendre une ride, non parce qu’ils parlent d’un autre temps, mais parce qu’ils parlent du nôtre avec une clarté troublante. Le Loup et l’Agneau de La Fontaine est de ceux-là. Une fable courte, presque brutale dans sa conclusion, où la logique du pouvoir écrase celle de la vérité. Le loup a faim. L’agneau a tort. C’est ainsi.

Une fable dans la machine

Lovatine s’empare de ce texte fondateur et lui offre un écrin sonore électronique, patient et tendu. Le dispositif est simple en apparence : les vers de La Fontaine, découpés, alternés, fragmentés, résonnent au-dessus d’une architecture musicale qui installe un climat de sourde inquiétude. Les mots du XVIIe siècle glissent sur des textures contemporaines comme une évidence. Rien n’est forcé. Tout est pesé.

La production de Lovatine a toujours su habiter l’espace entre les sons autant que les sons eux-mêmes. Ici, ce travail prend une dimension presque narrative : l’électronique ne souligne pas le texte, elle le contient. Elle crée le courant d’eau, la forêt, la peur à peine formulée de l’agneau, la certitude tranquille et monstrueuse du loup.

Ce que le morceau dit sans le dire

Écouter Le Loup et l’Agneau, c’est être ramené à quelque chose d’essentiel et d’inconfortable. La fable ne propose aucune morale consolatrice. Elle constate. Et la musique, dans sa retenue, fait de même. Pas de rédemption dans les basses, pas de lumière dans les nappes. Seulement la lucidité froide d’un monde où les arguments des faibles ne parviennent jamais aux oreilles de ceux qui ne veulent pas entendre.

C’est cette sobriété qui rend le morceau si juste. Lovatine ne plaide pas, n’explique pas. Il pose. Il laisse la fable travailler, amplifiée par un son qui en révèle toute la noirceur contemporaine.

Prenez le temps de l’écouter, de préférence seul, avec du volume. Laissez les mots et la musique faire leur chemin ensemble. Le morceau est disponible dès maintenant sur SoundCloud.

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