La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf

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[intro] Une Grenouille vit un Bœuf (Qui lui sembla de belle taille.) Elle qui n’était pas grosse en tout comme un œuf, (Envieuse s’étend, et s’enfle, et se travaille) Pour égaler l’animal en grosseur, (Disant : « Regardez bien, ma sœur,) Est-ce assez ? dites-moi : n’y suis-je point encore ? (— Nenni. — M’y voici donc ? — Point du tout. — M’y voilà ?) — Vous n’en approchez point. » La chétive pécore (S’enfla si bien qu’elle creva.) Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages : (Tout Bourgeois veut bâtir comme les grands Seigneurs,) Tout petit Prince a des Ambassadeurs, (Tout Marquis veut avoir des Pages.) [End] Par Jean de la Fontaine

A propos de ce morceau

La fable comme miroir

Il y a dans les fables de La Fontaine une vérité qui ne vieillit pas. La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf — écrite au XVIIe siècle, tirée elle-même d’Ésope — parle d’orgueil, de démesure, de cette tendance profondément humaine à vouloir paraître plus grand que ce que l’on est. Le bourgeois qui imite le seigneur, le petit prince qui se dote d’ambassadeurs, la grenouille qui s’enfle jusqu’à en crever : autant de figures dont on reconnaît, sans peine, les visages contemporains.

Une électronique au service du texte

Lovatine choisit de faire entrer cette fable dans un espace sonore électronique, là où la machine peut à la fois amplifier et distordre. Le titre du morceau ne cache rien de son ambition : s’emparer d’un texte fondateur, le laisser résonner dans des textures synthétiques, et observer ce que l’électronique révèle — ou déforme — du sens originel. Il ne s’agit pas d’illustrer la fable, mais de lui offrir un nouveau corps, une nouvelle respiration.

L’atmosphère qui se dégage est celle d’une tension sourde, presque comique dans sa gravité. Quelque chose gonfle, s’étire, cherche à occuper un espace qui n’est pas le sien. Les nappes sonores, les textures travaillées, les silences calculés : tout participe à cette mise en scène d’un excès qui se construit, couche après couche, jusqu’à l’inévitable.

L’orgueil, matière sonore

Ce que Lovatine explore ici, c’est la dramaturgie de l’inflation — non pas comme métaphore économique, mais comme geste existentiel. La musique électronique, dans ce qu’elle a de plus artisanal et de plus sincère, peut capter cela : l’effort de qui veut être plus, la fragilité de qui s’expose trop, la chute que l’on devine bien avant qu’elle survienne.

La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf est un morceau qui invite à l’écoute attentive — une écoute qui sait lire entre les lignes d’une fable et entre les strates d’une production.

Laissez-vous traverser par ce nouveau titre de Lovatine, disponible dès maintenant sur SoundCloud.

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