[Intro] [verse] Va-t-en, chétif Insecte, excrément de la terre. (C’est en ces mots que le Lion) Parlait un jour au Moucheron. (L’autre lui déclara la guerre.) Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de Roi (Me fasse peur ni me soucie) Un Bœuf est plus puissant que toi, (Je le mène à ma fantaisie.) [Pre chorus] (À peine il achevait ces mots) Que lui-même il sonna la charge, (Fut le Trompette et le Héros.) Dans l’abord il se met au large, (Puis prend son temps fond sur le cou) Du Lion, qu’il rend presque fou. (Le Quadrupède écume, et son œil étincelle 😉 Il rugit, on se cache, on tremble à l’environ ; (Et cette alarme universelle) Est l’ouvrage d’un Moucheron. [Chorus] (Un avorton de Mouche en cent lieux le harcelle,) Tantôt pique l’échine, et tantôt le museau, (Tantôt entre au fond du naseau.) La rage alors se trouve à son faîte montée. [verse] (L’invisible ennemi triomphe, et rit de voir) Qu’il n’est griffe ni dent en la bête irritée (Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir.) Le malheureux Lion se déchire lui-même, (Fait résonner sa queue à l’entour de ses flancs,) Bat l’air qui n’en peut mais (5), et sa fureur extrême (Le fatigue, l’abat ; le voilà sur les dents.) L’Insecte du combat se retire avec gloire : (Comme il sonna la charge, il sonne la victoire,) Va partout l’annoncer, et rencontre en chemin (L’embuscade d’une Araignée 🙂 Il y rencontre aussi sa fin. [Verse] (Quelle chose par là nous peut être enseignée ?) J’en vois deux, dont l’une est qu’entre nos ennemis (Les plus à craindre sont souvent les plus petits 😉 L’autre, qu’aux grands périls tel a pu se soustraire, (Qui périt pour la moindre affaire.) Par Jean de la Fontaine
A propos de ce morceau
Le Lion et le Moucheron
Il y a dans les fables de La Fontaine une vérité qui traverse les siècles sans jamais vieillir. Celle du Lion et le Moucheron est peut-être l’une des plus vertigineuses : un insecte minuscule met à genoux le roi des animaux, non par la force brute, mais par la persistance, l’invisibilité, l’irritation. Et c’est précisément cet insecte qui, au faîte de sa victoire, tombe dans la toile d’une araignée. La grandeur et la chute, en quelques vers.
Une fable électronique
Lovatine s’empare de ce texte fondateur et en fait la matière d’un morceau électronique où la voix de La Fontaine devient instrument à part entière. Les mots récités s’entrelacent avec les textures sonores, créant une tension entre l’archaïsme du langage et la modernité froide de la production. L’ambiance oscille entre la majesté — celle du Lion, rugissante et inutile — et le bourdonnement tenace du tout petit, celui qu’on ne voit pas mais qu’on ne peut ignorer.
La démarche artistique de Lovatine trouve ici un territoire d’expression particulièrement fertile. En choisissant d’habiller une œuvre du patrimoine littéraire d’une architecture sonore électronique, il interroge la façon dont les grandes leçons morales résonnent dans un monde saturé de bruit. Le Moucheron est partout aujourd’hui : dans les flux d’information, dans les micro-agitations qui renversent les certitudes, dans les forces invisibles qui fatiguent les puissants.
L’invisible qui triomphe
Le morceau cherche à transmettre cette sensation d’inconfort discret, ce bourdonnement qui monte, qui enfle, jusqu’à l’épuisement. Puis le silence. Puis la chute — non pas celle du Lion, mais celle du Moucheron lui-même, pris dans son propre orgueil. Qui périt pour la moindre affaire. La musique de Lovatine ne moralise pas : elle installe, elle enveloppe, elle laisse la fable parler dans les interstices du son.
Écoutez Le Lion et le Moucheron dès maintenant sur SoundCloud et laissez-vous surprendre par ce que l’électronique peut faire d’une vérité vieille de trois siècles.



