[intro] [Verse] Maître Corbeau, sur un arbre perché, (Tenait en son bec un fromage) Maître Renard, par l’odeur alléché (Lui tint à peu près ce langage) “Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau. (Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ) Sans mentir, si votre ramage (Se rapporte à votre plumage) Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. (A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ) Et pour montrer sa belle voix, (Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie) Le Renard s’en saisit, et dit : “Mon bon Monsieur, (Apprenez que tout flatteur) Vit aux dépens de celui qui l’écoute : (Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.) Le Corbeau, honteux et confus, (Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus) [end] Par Jean de la Fontaine
A propos de ce morceau
La fable retrouvée
Tout le monde connaît ces vers par cœur, ou presque. Le Corbeau et le Renard de Jean de La Fontaine appartient à cette mémoire collective enfouie, récitée dans les salles de classe, oubliée puis retrouvée, intacte, quelque part entre l’enfance et l’âge adulte. Lovatine s’empare de ce texte fondateur non pas pour le commenter, mais pour l’habiter autrement — pour en révéler les couches cachées sous la familiarité.
La flatterie comme architecture sonore
La fable parle de séduction et de tromperie, de la voix comme instrument de manipulation. Il y a dans ce récit quelque chose de profondément musical : le Renard construit un discours, module son ton, orchestre l’instant où le Corbeau ouvrira le bec. Lovatine transpose cette mécanique dans un langage électronique, où chaque texture sonore joue son propre rôle de flatteur ou de proie. L’ambiance se déploie lentement, enveloppante, presque trop belle pour être honnête — comme une promesse que l’on sait vaine mais que l’on accepte quand même.
Une électronique de l’entre-deux
Dans la continuité de sa démarche artistique, Lovatine travaille ici les espaces intermédiaires : entre le mot et le silence, entre la forêt ancienne et les fréquences contemporaines. Les vers de La Fontaine ne sont pas illustrés, ils sont dissous dans la matière sonore, portés par un flux qui oscille entre tension et apaisement. La production reste épurée, attentive aux détails, fidèle à cette recherche d’une électronique qui respire et qui pense.
Ce que l’on perd, ce que l’on gagne
Le Corbeau perd son fromage mais gagne peut-être une lucidité. Ce morceau interroge en creux ce que coûte l’envie d’être admiré, ce que révèle la voix quand elle s’expose. Lovatine ne juge pas — il observe, il capte, il laisse la leçon se formuler d’elle-même dans l’esprit de l’auditeur. Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
Laissez-vous prendre au jeu, et écoutez Le Corbeau et le Renard dès maintenant sur SoundCloud.



