L’écolier, le pédant et le maître d’un jardin

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Certain enfant qui sentait son collège, (Doublement sot et doublement fripon,) Par le jeune âge, et par le privilège (Qu’ont les Pédants de gâter (2) la raison,) Chez un voisin dérobait, ce dit-on, (Et fleurs et fruits. Ce voisin, en automne,) Des plus beaux dons que nous offre Pomone (Avait la fleur, les autres le rebut.) Chaque saison apportait son tribut : (Car au printemps il jouissait encore) Des plus beaux dons que nous présente Flore. (Un jour dans son jardin il vit notre Ecolier) Qui grimpant sans égard sur un arbre fruitier, (Gâtait jusqu’aux boutons, douce et frêle espérance,) Avant-coureurs des biens que promet l’abondance. (Même il ébranchait l’arbre, et fit tant à la fin) Que le possesseur du jardin (Envoya faire plainte au Maître de la classe.) Celui-ci vint suivi d’un cortège d’enfants. (Voilà le verger plein de gens) Pires que le premier. Le Pédant, de sa grâce, (Accrut le mal en amenant) Cette jeunesse mal instruite (Le tout, à ce qu’il dit, pour faire un châtiment) Qui pût servir d’exemple, et dont toute sa suite (Se souvînt à jamais comme d’une leçon.) Là-dessus il cita Virgile et Cicéron, (Avec force traits de science.) Son discours dura tant que la maudite vengeance (Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin.) Je hais les pièces d’éloquence ( Hors de leur place, et qui n’ont point de fin 😉 Et ne sais bête au monde pire ( Que l’Ecolier, si ce n’est le Pédant.) Le meilleur de ces deux pour voisin, à vrai dire, (Ne me plairait aucunement.) [OUTRO] Par Jean de la Fontaine

A propos de ce morceau

La fable comme territoire sonore

Il y a dans ce nouveau morceau de Lovatine quelque chose d’inattendu et de profondément juste à la fois : convoquer Jean de La Fontaine pour traverser un paysage électronique. L’écolier, le pédant et le maître d’un jardin emprunte sa matière à l’une des fables les moins célèbres du recueil, celle d’un enfant indiscipliné, d’un maître vaniteux, et d’un jardin saccagé deux fois plutôt qu’une. Une scène presque burlesque, portée par une ironie douce-amère que La Fontaine maniait mieux que personne.

Le sens caché de la fable

Sous l’apparente légèreté du récit se cache une réflexion acérée sur le pouvoir mal exercé et l’éloquence vide. Le pédant, appelé à corriger le mal, l’amplifie en se perdant dans ses propres discours. Le savoir sans sagesse, l’autorité sans discernement : voilà ce que La Fontaine épingle avec une économie de mots redoutable. C’est cette tension — entre l’ordre affiché et le chaos produit — que Lovatine semble avoir voulu saisir dans ses textures sonores.

Une production entre frémissement et contrôle

L’univers de Lovatine a toujours navigué entre retenue et profondeur, entre des nappes qui semblent immobiles et des rythmes qui travaillent lentement, souterrainement. Ce morceau ne fait pas exception. On y perçoit une atmosphère légèrement brumeuse, comme un jardin à l’automne dont les contours s’estompent — une beauté qui se dérobe au moment même où on croit la saisir. La structure musicale épouse la logique de la fable : une apparente simplicité qui dissimule plusieurs couches de sens.

Ce que le morceau cherche à transmettre

Il y a dans ce titre une invitation à ralentir, à écouter entre les lignes. Lovatine ne cherche pas à illustrer la fable, mais à en prolonger l’esprit : cette mélancolie discrète face à ceux qui gâtent ce qu’ils prétendent protéger, ce scepticisme tendre envers les grands discours. La musique devient alors un espace où la parole se tait enfin, et où ce qui reste — le frémissement, le silence habité — dit peut-être davantage que tous les Virgile et Cicéron cités en vain.

Laissez-vous traverser par ce jardin sonore — le morceau est à écouter dès maintenant sur SoundCloud.

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