[intro] (Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.) Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage. (Gageons, dit celle-ci, que vous n’atteindrez point) Sitôt que moi ce but. – Sitôt ? Etes-vous sage ? (Repartit l’animal léger.) Ma commère, il vous faut purger (Avec quatre grains d’ellébore.) – Sage ou non, je parie encore. (Ainsi fut fait : et de tous deux) On mit près du but les enjeux : (Savoir quoi, ce n’est pas l’affaire,) Ni de quel juge l’on convint. (Notre Lièvre n’avait que quatre pas à faire 😉 J’entends de ceux qu’il fait lorsque prêt d’être atteint (Il s’éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes,) Et leur fait arpenter les landes. (Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,) Pour dormir, et pour écouter (D’où vient le vent, il laisse la Tortue) Aller son train de Sénateur. (Elle part, elle s’évertue 😉 Elle se hâte avec lenteur. (Lui cependant méprise une telle victoire,) Tient la gageure à peu de gloire, (Croit qu’il y va de son honneur) De partir tard. Il broute, il se repose, (Il s’amuse à toute autre chose) Qu’à la gageure. A la fin quand il vit (Que l’autre touchait presque au bout de la carrière,) Il partit comme un trait ; mais les élans qu’il fit (Furent vains : la Tortue arriva la première.) Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ? (De quoi vous sert votre vitesse ?) Moi, l’emporter ! et que serait-ce (Si vous portiez une maison ?) [End] Par Jean de la Fontaine
A propos de ce morceau
Le Lièvre et la Tortue — Quand la fable devient électronique
Il y a dans certaines histoires une vérité si profonde qu’elles traversent les siècles sans vieillir. Le Lièvre et la Tortue de Jean de La Fontaine en est l’exemple le plus lumineux : derrière la simplicité apparente de la course, se cache une méditation sur le temps, l’arrogance, et la patience comme forme de sagesse. C’est cette fable que Lovatine choisit aujourd’hui comme matière première, non pour l’illustrer, mais pour la réinventer par le son.
Une architecture entre deux rythmes
Le titre n’est pas anodin. Dans la musique électronique de Lovatine, la tension entre lenteur et vitesse n’est pas un simple effet de style — c’est une philosophie de production. Ici, les textures sonores semblent elles-mêmes incarner les deux protagonistes : d’un côté des nappes ambiantes qui progressent avec la constance entêtée de la Tortue, de l’autre des éléments plus nerveux, fugaces, qui surgissent et s’essoufflent comme le Lièvre distrait par sa propre légèreté. L’espace entre les deux devient le véritable terrain de jeu.
La fable comme partition intérieure
En intégrant les vers de La Fontaine directement dans la structure du morceau — entre crochets, comme des didascalies sonores — Lovatine brouille la frontière entre texte et musique, entre narration et sensation. Les mots ne sont pas récités : ils respirent dans le tissu électronique, surgissent et disparaissent comme des pensées à demi-formulées. L’auditeur n’est plus simple spectateur de la fable, il en devient le protagoniste silencieux, quelque part entre la hâte et l’immobilité.
Prendre le temps d’arriver
Dans un paysage musical souvent dominé par l’urgence et la surenchère, Le Lièvre et la Tortue s’impose comme un acte de résistance douce. Lovatine rappelle ici ce que la musique ambiante et électronique peut avoir de plus précieux : la capacité de créer un espace où le temps se dilate, où l’on accepte enfin de laisser les choses arriver à leur propre rythme. La Tortue gagne. Elle gagne toujours.
Laissez-vous porter par ce voyage au croisement de la poésie classique et de l’électronique contemporaine — Le Lièvre et la Tortue est à écouter maintenant sur SoundCloud : https://soundcloud.com/lovatine/le-lievre-et-la-tortue



