Par Jean de la Fontaine [Verse] La Cigale, ayant chanté (Tout l’été) Se trouva fort dépourvue (Quand la bise fut venue) Pas un seul petit morceau (De mouche ou de vermisseau) Elle alla crier famine (Chez la Fourmi sa voisine) La priant de lui prêter (Quelque grain pour subsister) Jusqu’à la saison nouvelle. [Chorus] Je vous paierai, lui dit-elle, (Avant l’Oût, foi d’animal) Intérêt et principal. (La Fourmi n’est pas prêteuse ) C’est là son moindre défaut. [Verse] Que faisiez-vous au temps chaud (Dit-elle à cette emprunteuse) Nuit et jour à tout venant (Je chantais, ne vous déplaise) Vous chantiez ? j’en suis fort aise. (Eh bien ! dansez maintenant) [End]
A propos de ce morceau
La morale mise en sons
Tout le monde connaît la fable. La Cigale et la Fourmi, premier texte du premier livre des Fables de Jean de La Fontaine, est l’une des œuvres les plus ancrées dans la mémoire collective française. Derrière sa simplicité apparente se cache une tension fondamentale : celle entre l’art et la survie, entre la légèreté de qui chante et la rigueur de qui stocke, entre le plaisir immédiat et la prévoyance froide. Une question qui n’a pas pris une ride.
Quand la musique électronique s’empare de la fable
Lovatine ne cherche pas à illustrer la fable, mais à l’habiter. En posant les vers de La Fontaine au cœur d’une production électronique, l’artiste crée un espace sonore qui amplifie ce que le texte dit sans le dire : la beauté fragile de ceux qui créent, l’indifférence du monde à leur égard, et peut-être, quelque part, une forme de dignité dans la défaite. La structure du morceau épouse celle du poème — ses répétitions, ses apartés entre parenthèses, son ironie finale — et leur donne une nouvelle résonance, presque rituelle.
Une atmosphère suspendue entre deux saisons
L’univers sonore de Lovatine est fait de textures qui flottent, de fréquences qui enveloppent sans jamais brusquer. Ici, la bise dont parle La Fontaine semble souffler à travers chaque nappe de synthétiseur. On ressent le froid qui vient, la vulnérabilité de qui a tout donné à l’été. La musique ne juge pas la Cigale — elle lui offre, pour quelques minutes, un abri. Là où la Fourmi claque la porte, Lovatine ouvre une fenêtre.
L’art comme acte de résistance
En choisissant ce texte fondateur, Lovatine pose une question qui traverse toute sa démarche artistique : à quoi sert la beauté dans un monde qui préfère l’utile ? La réponse n’est pas donnée. Elle est musicale, suspendue, laissée à l’écoute de chacun. C’est peut-être cela, la vraie morale — non pas celle de La Fontaine, mais celle que la musique électronique sait formuler mieux que les mots : certaines choses valent la peine d’être ressenties, même si elles ne servent à rien.
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